Mythique passage du canal de Panama

(actualisé le ) par Jocelyne

Arrivés à la Marina de Shelterbay, coté atlantique, nous avons dû dans un premier temps faire les formalités d’entrée dans le pays, c’est à dire passer par la case « bureau d’immigration » pour faire tamponner nos passeports.

Pour le passage, nous avons choisi de prendre un agent qui s’occupe de tout, des formalités, ainsi que de fournir les gros pare battages et les haussières.

Nous l’avions contacté avant notre arrivée donc le lendemain même, nous avons eu un agent du Canal qui est venu prendre les mesures du bateau, s’assurer que nous avions une cuve à eaux noires (pour ne pas faire popo dans le canal !), une corne de brume, des toilettes propres et un moteur pouvant avancer au minimum à 5 nœuds. En échange de quoi nous avons reçu la carte avec notre numéro pour le passage.

Dans la foulée, notre agent est venu nous rencontrer, nous a délesté de 1400 dollars représentant le passage du canal, diverses taxes, la location des pare-battages et des haussières, ainsi que sa commission. Il nous a emmené au bureau du « permit cruising », document obligatoire (ou pas ?!), encore 255 dollars.

Quelques jours après, nous recevons un mail de l’agent pour nous spécifier la date de notre passage. Le samedi 23 mars 2019. Entre temps, les haussières et les pare-battages sont livrés sur le bateau. Nous avons obligation de nourrir correctement le pilote (et j’ajoute de le servir, si, si !) qui montera à bord pendant la traversée des écluses, et également de trouver 4 handliners (personnes débrouillardes et costaudes pour tirer et maintenir les haussières dans les écluses). Jean-Philippe qui a fait l’expérience de handliner sur un bateau Finlandais quelques jours auparavant décide que le mieux serait de prendre 3 pros (encore 300 dollars) qui mangent et dorment dans le bateau pendant la traversée des écluses. Ils connaissent leur affaire, parlent entre eux dans leur patois, sont très discrets et sympas, jeunes et forts ! Le 4e ce sera moi car Jean-Philippe est le capitaine et doit rester concentrer à la barre.

Le jour J, samedi 23 mars 2019, nous partons au point de rendez vous donné par l’agent et attendons notre pilote… Nous sommes gâtés, nous en avons deux pour le prix d’un (heureusement que j’ai vu large pour le repas…). Nous voilà partis en direction des premières écluses les Gatún locks, nous devons faire vite car c’est le pilote en liaison avec le canal qui gère l’ordre et avec quels bateaux nous allons pouvoir passer, aussi bien le gros (bateau) avec nous dans l’écluse que les 2 voiliers avec qui nous allons former un radeau.

Nous passons sous le pont que l’entreprise VINCI vient de terminer et sommes en vue des écluses.

Nous avons 6 écluses au total à passer, 3 côtés Atlantique, et 3 côtés Pacifique .

Les trois premières sont montantes, on s’élève de plus de 25 m au-dessus de la mer pour atteindre le niveau du lac Gatún ! Les trois chambres s’enchaînent et se nomment les Gatún locks.
Côte Pacifique, les écluses sont descendantes. On en rencontre la première, Pedro Miguel, à la fin du lac Gatún. Puis, 1 mille environ plus loin, ce sont les deux dernières qui s’enchaînent, les Miraflores locks (voir petits schémas).

Nous sommes placés au milieu du radeau, nous avons un voilier de chaque côté, ce qui fait que nous sommes le bateau conducteur, celui qui entraîne. Les autres bateaux mettent un peu de gaz de temps en temps pour rectifier la direction de notre radeau.
Nous n’aurons pas à utiliser pour cette fois les haussières puisque ce sont les bateaux des côtés qui devront recevoir les toulines et s’occuper des haussières.

On entre dans l’écluse à petite vitesse, deux agents du canal nous envoient des toulines reliés à des bouts. Ils visent bien car ils s’entraînent sur des cibles, il y a même des concours.
Les toulines sont accrochées par des nœuds de chaises aux haussières elles mêmes accrochées aux taquets avant et arrière des bateaux extérieurs.
Les éclusiers nous dirigent doucement et nous positionnent dans l’écluse, derrière notre gros copain, accrochés aux 4 bites d’amarrage.
On est ainsi maintenu au milieu de l’écluse par 4 haussières tendues (les handliners sont là pour veiller à ce que cela soit tendu en permanence).
L’écluse peut maintenant se remplir ou se vider.

Arrivés à la bonne hauteur, les portes s’ouvrent, un coup de sifflet donne l’ordre de relâcher un peu les amarres afin que les éclusiers puissent libérer nos boucles des bites. On récupère ensuite notre amarre à bord, sans défaire car les écluses s’enchaînent. Les éclusiers continuent de marcher le long du quai en même temps que notre convoi.

Quand nous avons franchi la dernière des 3 premières écluses, nous passons la nuit dans le lac Gatún, lac artificiel d’eau douce créé pour le canal à partir du fleuve voisin, le Rio Chagres. Attention, baignade interdite car des crocodiles rôdent !

Nous sommes au mouillage, les pilotes ont été récupérés par un bateau, rendez-vous demain matin, vers 8h30. Il ne nous reste plus qu’à dîner avec les handliners et dodo.

Nuit tranquille sur le lac. Le lendemain, le pilote arrive, 1 pour la journée.
Pour rejoindre les écluses vers le Pacifique, nous devons parcourir 40 milles au moteur , soit environ 3 heures à travers le maxi chenal des cargos.
Nous voici en vue de la première écluse Pacifique, Pedro Miguel. Nous ne serons que deux bateaux pour les franchir en petit radeau. Pour la descente, le gros bateau se trouve derrière nous. Il rentre avec un chausse pied dans l’écluse….

Deux écluses plus loin, nous voilà dans le Pacifique, quelle émotion !

On dépasse le Balboa Yacht Club qu’on devine aux nombreux feux de mouillage. Un bateau pilote vient chercher le pilote, ouf, pas très aimable…. Un autre bateau vient pour les handliners, supers petits jeunes ! Et reprendre les haussières et les pare-battages. Tchao tout le monde, nous jetons l’ancre pour quelques nuits face à la marina La Playita, en vue des grattes-ciel de Panama City.