La traversée du Pacifique jusqu’aux Marquises

(actualisé le ) par Jean-Philippe

Après avoir attendu le nouveau moteur de notre pilote et la moulinette Watt & Sea (qui va nous permettre de recharger nos batteries en attendant de réparer sérieusement notre alternateur d’arbre en arrivant à Nouméa), nous avons remonté le moteur préparé par un mécano, et sommes partis vendredi 12 avril, en tout début d’après-midi au moteur. La mer était calme, ce qui nous a permis de voir des petits thons sauter de ci de la. On a mis la traîne et très vite une bonite était au frigo.
Le soir comme prévu le vent s’est levé mais en approchant du rail des cargos, le nouveau moteur du pilote s’est mis à grincer bizarrement.
Nous barrons un peu à la main et ça recommence.
Ne voulant pas prendre de risque pour cette grande traversée, nous décidons de rebrousser chemin et revenir à la Marina pour tout vérifier. Nous barrons chacun notre tour pendant quelques heures et faisons quelques changements de tension de chaine quand JP remet le pilote...plus aucun bruit, tout va bien.....!?
Nous allons quand même à la marina pour vérifier et repartir. Mais la nuit blanche et le stress a raison de nous, après vérification + plus plongée sous le bateau dans l’eau glauque de la marina pour regarder hélice et coque, nous allons à la piscine, resto et bonne nuit.

Nous voilà repartis Dimanche 14 avril, après avoir remis 8,4 gallons de gasoil.
Jusque-là tout semble fonctionner. On a navigué à la voile de la fin d’après-midi jusqu’à 4h00 le lendemain matin.
Depuis nous sommes de nouveau au moteur. Normalement on devrait toucher de nouveau du vent dans l’après-midi jusqu’à la fin de nuit.
On a remis les lignes de traîne et on reprend le rythme doucement.
Tous les matins, nous prenons la météo par l’iridium, le mail satellite. Nous pouvons envoyer à certains privilégiés des petits messages pour raconter nos aventures et nous sommes heureux de recevoir des nouvelles de la terre.
Nous savons que dans cette partie de navigation, c’est le vent qui fait défaut, il faut prendre son mal en patience.
Les jours passent, nous nous occupons ;
Nous avons fait des rillettes de bonite , recousu le drapeau français qui est malmené par le vent, le sel et le soleil. Et nous faisons des siestes.

Mercredi 17 avril : Depuis Malpelo, petite île au sud du Panama, nous sommes dans les orages et du vent tournant. La marine nationale de Colombie est venue nous voir. Elle a pris le bateau en photo ainsi que le capitaine. On a essayé de communiquer en vhf mais on n’a rien compris. Ils ne parlaient qu’en espagnol et sans trop faire l’effort pour se faire comprendre...On n’a pas osé les prendre en photo en retour...

Vendredi 19 avril : Nous avons enfin réglé nos problèmes techniques : depuis notre départ, le pilote ne fonctionnait pas correctement, nous voyions bien que la chaine d’entrainement n’était pas complètement alignée avec les deux petites roues dentelées…. La chaine (comme une chaine de vélo) sautait tout le temps, ce qui nous obligeait à se mettre à la cape (laisser dériver le bateau, ce que vous avez du constater si vous avez suivi notre parcours :)), démonter, retendre un peu la chaine et tout remonter…. Après plusieurs démontage/remontage, JP a eu l’idée de regarder sur une photo du pilote Poupou mise sur un article en ligne “la traversée de l’Atlantique” et découvrir que la petite roue avait été montée à l’envers par le mécano. Ouf, nous voilà tranquille !

Lundi 22 avril : nous sommes arrivés au sud des Galapagos, moitié voile, moitié moteur.
Nous avons eu la visite d’un fou qui est resté pratiquement 24h00 sur le balcon avant. Il a cagué sur l’ancre uniquement. C’était un fou mais avec de l’éducation (ce qui n’est pas le cas de tous, voir par la suite !).

Jeudi 24 avril : Mer agitée dans tous les sens, pluies et vent tournant….Nous avons jusqu’à 8 fous qui ont pris leurs quartiers sur l’avant du bateau. Impossible de les chasser, ils rouspètent tout le temps, se disputent et font de gros dégats sur le pont…. Une fois nous les avons fait partir et avons nettoyé… le soir même, c’était encore pire.
Nous avons dû changer la drisse du génois (corde qui sert à le maintenir en haut du mât), qui s’était cassée. On a pris celle de l’étai largable et le tour était joué.

Lundi 29 avril : 2 fous, en faisant des rase mottes, se sont empêtrés les ailes autour du fil de la ligne de traîne. On les a ramené à bord et détortillé sans souci.
Mais ce matin, il y en a un qui a fait un piqué sur le leurre. On l’a ramené et opéré pour dégagé les deux hameçons triples qu’il s’était planté dans la patte et dans le bec ! il est reparti avec des petits trous, mais en bonne santé, après avoir donné un bon coup de bec sur le dessus de la main de la chirurgienne pour la remercier !
Dimanche 21 avril, 8h14, nous venons de passer l’équateur !
Pour fêter l’évènement et pour perpétuer la tradition, nous avons préparé 3 petits verres de rhum, un pour le capitaine, un pour le moussaillon et un partagé entre Vent Sucré et Neptune !
Toujours pas de poissons. La navigation reste agréable.

Samedi 27 avril : Nous continuons sur les Marquises. Sommes à la limite Sud de la ZIC (zone intertropicale de convergence, l’équateur météorologique)
Cette nuit ça a bien secoué et on a eu un grain. Ce matin la mer reste grosse mais plus régulière. Le vent souffle autour de 20nds. Sous artimon et génois on file bien. Le ciel s’est bien dégagé.
Nous avançons plus rapidement qu’en première partie de traversée, les vagues sont un peu chahutantes, avec un peu de pluie. La température s’est un peu rafraichie par rapport au Panama, heureusement.
Les jours se passent...et les nuits aussi.…

Jeudi 2 mai : Encore une nuit agitée ! Pluie, vagues, vent de 5 à 35 noeuds...
On espère que ça va s’améliorer, mais ça nous a permis de bien avancer.

Dimanche 5 mai : Nous trouvons toujours de nouvelles occupations...nous avons péché un petit thon mais comme nous ne l’avons pas vu immédiatement, les deux fils de traîne se sont entortillés..2h pour tout détricoter
Le bout qui retient l’hydrogénérateur qui a cassé, nus sous la pluie à plat ventre à l’arrière, avec les vagues qui nous tombées dessus, nous avons changé tout ça, nous espérons que le satellite n’a pas trop zoomé sur nos derrières.
On essaie de se faire des petits plats, et pour les goûters je fais du popcorn.
Le matin, nous avons toujours des poissons volants sur le pont et maintenant des petits calamars qui se vident de leur encre.. on hésite à les manger !?

Mardi 7 mai : aucun bateau en vue, aucun animal à part les poissons volants que nous retrouvons sur le pont le matin...quelques oiseaux, on ne sait pas d’où ils viennent.
Les poissons non plus ne sont pas trop au rdv, qq touches et des poissons qui se décrochent gggrrr
Heureusement que nous avons nos boîtes de sardines et de thon. On se prend à rêver d’andouillettes grillées, de soufflés au jambon ou de tarte au citron meringuée...la perte des réalités n’est pas loin hihi
A ce rythme, nous espérons arriver aux Marquises dans 12 j et repartir vers Tahiti 2-3 j après.
Depuis trois jours nous traçons bien mieux, avec un peu de houle de côté mais on s’habitue à tout.
Plusieurs fois par jour nous avons des touches mais qui se décrochent ou une fois, nous emporte carrément le leurre ! JP est très frustré, alors je lui donne des sardines en boîte.
Un peu de pluie en milieu de nuit, qui nous dévente, nous fait aller un peu n’importe comment, et puis ça repart.
On est en plein vent arrière avec génois et artimon à tribord et grand voile sur bâbord. N’ayant pas le système de tangon Amel c’est moins stable et très sensible aux légères rotations du vent.
On avance autour de 5nds.

Mardi 7 mai : Ça y est, nous venons de prendre un gros thon, pas grand mais tout rond et super lourd, au moins 10 kg, je n’ai pas pu le sortir seule avec la gaffe... Grand sourire du capitaine... On va manger du thon matin, midi et soir...
Sashimi, rillettes, steak, court-bouillon, salé et séché au soleil et blanquette.

La moulinette Watt & Sea ne charge pas aussi bien que l’alternateur d’arbre. Je pense que notre sillage est nettement plus turbulent qu’un bateau moderne,léger et plat. Il y a perte de rendement. En plus le bout’ de maintien en bas se bouffe sur le clam cleat agressif d’origine on en est au 3ème ou 4ème bout’ changé. Ce matin on l’a refait avec un morceau de tuyau pour le protéger et on a condamné le taquet. Wait and see.…

Samedi 11 mai : Coucou, plus que 850 milles, soit 8 jours de mer :)
On tire maintenant des bords grand largue, ce qui nous fait un peu plus de distance mais nous avançons plus vite et évitons le vent arrière et l’hydrogénérateur charge mieux car cet engin est très capricieux et exigeant !

Dimanche 12 mai : Nous avons enfin fini le thon : rillettes, mayonnaise, blanquette, carry coco et même des jambons qui sont en train de sécher au soleil...Le capitaine va remettre la traîne, j’espère que ce sera une côte de boeuf ou un filet mignon de porc, ça nous changerait...

Mardi 14 mai : On avance doucement, vent de 15 nds, soleil et grosse houle, quelques gouttes de temps en temps.
Depuis presque 2 jours on a de la peine à finir.
Plusieurs raisons à cela : le vent moyen est plus faible. Les voiles ont parfois du mal à rester gonflées avec la houle.
Le vent tourne plusieurs fois par jour entre ESE et E. On essaie quand même d’en tirer profit ce qui oblige à quelques manoeuvres. Mais les bascules sont difficiles à anticiper, pas de grains, pas de reliefs (évidemment...)
On évite d’avancer au moteur pour économiser le gasoil. On le met en route 1 à 2 h par jour pour recharger les batteries. On doit tenir jusqu’à Papeete car on ne pense pas en trouver aux Marquises et comme on avance lentement, on ne produit pas suffisamment d’électricité. Il nous en reste quand même pour une cinquantaine d’heures, ce qui doit être bien suffisant.
Sinon il fait super beau et la température est agréable. On est seul. On a entendu parler à la vhf il y a 2 jours. Seul contact humain presque direct depuis le contrôle de la marine Colombienne quelques jours après notre départ.
Le thon a vite séché j’en ai goûté, il est un peu trop salé mais avec du pain et du beurre c’est pas mal.
Jeudi 16 mai : on a finalement remis une ligne ce matin, ça occupe.
Et voilà un joli wahoo au frigo. C’est reparti pour un tour de régime protéiné !

Samedi 18 mai : Terre ! Après 35 jours de mer, nous arrivons enfin à Hiva-Oa, île des Marquises.

Petit bilan :
A la lecture de cet article et même des autres, vous pouvez vous imaginer, vu les problèmes techniques, que nous n’étions pas assez préparés ou que nous n’avions pas assez préparé le bateau.
Il est vrai que nous ne connaissions pas beaucoup Vent Sucré, acheté en janvier, pris en main en juillet, navigation de 3 jours entre Cogolin et Port Saint Louis du Rhône.
C’est un bateau de 35 ans, qui a navigué ses 10 premières années dans le Lac Léman, et n’a connu ensuite que des sorties à la journée et quelques semaines par an en Méditerranée.
Nous l’avons équipé pour le grand voyage, l’avons doté de tout le matériel et électronique nécessaires. Certains avait 20 – 25 ans mais fonctionnaient correctement, nous avons quand même pris la précaution d’acheter en secours des pièces, de l’électronique et du matériel.
Après nos traversées, Atlantique et Pacifique, quand nous rencontrons des équipages de bateaux amis, nous nous apercevons que c’est comme le Paris-Dakar, on a beau être préparé, avoir tout prévu, même les pros cassent, usent, et perdent du matériel.
Le bateau et même l’équipage sont mis à rude épreuve, le vent, la mer et les vagues, la nature est parfois violente et imprévisible.
Les voiles claquent, les bout’ s’usent et cassent, des tensions de tous côtés se font.
La mer et le sel attaquent, le soleil assèche et cuit !
Nos amis en cata ont perdu un safran pendant en début de transpac, impossible de naviguer au pilote car le cata avance en crabe… ils ont dû barrer à la main à eux deux pendant des jours, en se relayant toutes les deux heures, impossible de tenir les voiles en barrant manuellement. Ils ont réussi à mettre le spi qui marchait tellement bien qui a explosé ! Ils sont à sec à Hiva-Oa, attendent des pièces pour réparer… au moins un mois.
Un autre bateau ami a lui arraché ses trois ris de grand voile, cassé son pilote automatique, tour de rein, conjonctivite et dent cassée !
Un autre couple ami sur un monocoque a cassé aussi son pilote et a un pb avec son régulateur d’allure….
Etc….
Tout ça fait parti du normal, on encaisse, on apprend à réparer, et aussi à être astucieux.
Au niveau équipage, on subit aussi un peu, on ne dort pas bien, jamais sur nos deux oreilles, on est bousculé sans arrêt, ce qui fait que nous brulons environ 800 cal par jour rien que pour maintenir notre équilibre, on est de temps en temps stressé aussi… mais on mange bien, on dort dés qu’on peut, on lit et on est heureux !
Comme dit le capitaine : “Il n’y a que les marins au port qui sont toujours prêts !”.
Et combien prennent leur voiture tous les jours sans savoir changer un pneu crevé ??

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